L’islam, quelles sont ses valeurs fondamentales ? 1/4

L’islam est une religion universelle fondée sur la révélation apportée par le Prophète Mohammed (salutations et bénédictions de Dieu sur lui) et adressée aux hommes. La révélation contenue dans le Coran et dans la tradition prophétique vérifiée authentique a toujours constitué la base de la pensée musulmane, développée dans les différentes disciplines de l’islam. Les savants musulmans à travers les temps ont pu établir un corpus intellectuel de sciences religieuses élaboré, revu, enrichi et enseigné à travers les générations. Si l’islam a défini des principes de base qui représentent un socle commun pour les musulmans, il a délibérément laissé beaucoup de questions ouvertes au débat et à la diversité d’avis permettant ainsi aux spécialistes d’enrichir continuellement la pensée.

On définit usuellement l’islam comme étant une foi, une pratique et une morale. Dans chacune de ces trois parties, des principes globaux (“qawaid”) sont à la source d’un certains nombres de détails (“furu’”). Il est important de penser et de comprendre les détails dans le cadre d’une vision globale afin d’éviter l’approche partielle qui se noie souvent dans des points secondaires et perd de vue les finalités.

Dans cette vision d’équilibre rattachant les détails aux principes globaux et aux finalités, il est important de saisir un certain nombre de valeurs qui doivent orienter notre compréhension de l’islam et donner un sens à la conception de notre pratique religieuse.

Commençons par la première de ces valeurs qui est “Penser et comprendre avant de juger et d’agir”.

L’islam est une religion qui érige la réflexion au rang de devoir selon l’expression de Abbas Mahmoud Al-Akkad dans son livre “La réflexion est une prescription islamique” (1). Méditer et réfléchir est une voie d’adoration pour Dieu. Cette méditation doit porter sur les deux “livres” que Dieu a mis à notre disposition : celui de l’univers créé et celui du livre révélé. En effet, les premiers versets du Coran ordonnent la lecture, moyen de mobilisation de l’esprit dans la réflexion l’amenant à essayer de comprendre les paroles de Dieu Créateur de l’univers: “Lis au nom de ton Seigneur qui a créé” (Sourate 96, verset 1). Les signes (“Ayat”) de Dieu sont contenus à la fois dans Ses versets du Livre et dans Sa création de l’univers. Et ce sont les hommes “doués d’intelligence”, selon l’expression coranique, qui sont capables de mener cette réflexion double pour acquérir une compréhension à l’origine d’une connaissance fondée : ”En vérité, dans la création des cieux et de la terre, et dans l’alternance de la nuit et du jour, il y a certes des signes pour les doués d’intelligence ; qui, debouts, assis, couchés sur leurs côtés, invoquent Allah et méditent sur la Création des cieux et de la terre (disant) : Notre Seigneur! Tu n’a pas créé cela en vain. Gloire à toi ! ..” (Sourate 3, Verset 191).

L’Homme ne peut profiter de cet univers mis à sa disposition (“At-taskhir”) par Dieu que lorsqu’il essaie de comprendre son fonctionnement et ses règles. L’Homme est ainsi appelé à prolonger sans cesse son effort de réflexion pour aller plus loin dans sa compréhension des signes mais aussi pour rectifier ses erreurs éventuelles dans son rapport à l’univers. La même attitude doit être de mise dans sa démarche intellectuelle vis-à-vis des textes révélés pour en explorer la richesse. Le Coran nous incite précisément à déployer notre capacité de réflexion car la richesse des paroles de Dieu est inépuisable : “Dis : “Si la mer était une encre pour écrire les paroles de mon Seigneur, certes la mer s’épuiserait avant que ne soient épuisées les paroles de mon Seigneur, quand bien même Nous lui apporterions son équivalent comme renfort”” (Sourate 18, Verset 109).

Ce temps donné à la réflexion et à la compréhension est nécessaire à l’acquisition du savoir qui doit précéder tout jugement et toute action. C’est là le sens d’une règle établie par les savants musulmans et qui stipule que “le jugement porté sur une chose – ou une situation quelconque – doit être le résultat de sa bonne conception”. Insistant également sur la nécessité de la compréhension avant l’action, le grand savant du Hadith Al-Bukhari considérait que “le savoir doit précéder la parole et l’action”.

Il est certain que le travail de réflexion diffère d’une personne à une autre, compte tenu de ses capacités intellectuelles dans les différents domaines de la connaissance, mais chacun est appelé à suivre cette démarche savante dans la compréhension des idées reçues par l’apprentissage ou par la transmission afin de s’approprier les vérités et d’enrichir la réflexion.

La négligence de cette règle est à la source d’attitudes déplorables consistant à juger des idées ou des situations sans prendre le temps de réfléchir et de comprendre. Plus grave encore est l’attitude de ceux qui parlent en connaisseurs de ce qu’ils ne connaissent pas vraiment ou se positionnent sur des questions religieuses sans s’être donné ni les moyens ni le temps d’une compréhension véritable.

Nombre de conceptions biaisées, de jugements hâtifs et de discours excessifs viennent du manquement à ce principe fondamental qui exige de saisir les principes et les finalités avant d’entrer dans le registre des détails. Ainsi, combien de fidèles se laissent entraîner dans des débats et des divergences concernant les détails des pratiques religieuses sans même se donner le temps de réfléchir aux finalités et au sens de leurs pratiques ! L’ignorance des finalités conduit de nombreux fidèles à s’attacher à des avis émis dans des circonstances et des contextes révolus, oblitérant leur capacité à réexaminer les questions à l’aune de leur contexte et de leur connaissance. Le refus de certains musulmans de se fier au calcul scientifique pour fixer les dates de début et de fin du mois de Ramadan est un exemple criant de cette double lacune : l’attachement aux détails aux dépens des finalités et le refus de réexaminer les avis religieux existants (“ijtihad”) en tenant compte du contexte et de l’évolution de la connaissance.

(1)  Abbas Mahmoud Al-Akkad (1889-1964) grand philosophe et penseur égyptien auteur de plusieurs ouvrages

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