Communiqué du Conseil Théologique Musulman de France à propos des actions terroristes en France

Suite à l’attentat de Nice, faisant trois victimes innocentes, le Conseil Théologique Musulman de France (CTMF) condamne d’une manière absolue, sans équivoque et avec force cet acte ignoble. Un acte d’autant plus abject qu’il a été commis au sein d’un lieu de culte catholique. Il condamne également toutes les opérations terroristes qui ont eu lieu à ce jour sur le sol français, quelle que soit la confession des victimes ou des cibles visées.

Le Conseil Théologique Musulman de France rappelle aux musulmans de notre pays, qu’ils soient citoyens, résidents, réfugiés ou seulement de passage, que la vie d’un homme équivaut à celle de l’humanité tout entière (Coran : Chapitre 5, verset 32). Plusieurs versets coraniques vont dans ce sens, appuyés par de nombreuses paroles prophétiques, et confirmés par l’unanimité des savants musulmans, qui font de l’homicide un péché majeur.

Compte tenu de ce qui précède, le CTMF déclare que toute action terroriste perpétrée contre un ou plusieurs êtres humains est strictement interdite en islam en vertu du caractère sacré de la vie humaine à laquelle personne n’a le droit de porter atteinte.

A ce titre, le CTMF souligne les principes absolus suivants qui ne souffrent d’aucune exception :

  1. Il est proscrit en islam de porter atteinte à la vie humaine, à l’intégrité corporelle ou psychologique de toute personne.
  2. Tout acte touchant les musulmans dans ce qui est sacré pour eux ne saurait en aucun cas justifier la violence ou l’agression, quelqu’en soit l’auteur.
  3. Les musulmans, qu’ils soient citoyens français, étrangers résidents en France ou réfugiés, sont tenus de respecter les lois de la République française, non seulement par respect du droit français mais aussi par fidélité au droit musulman qui oblige à respecter le droit en vigueur sur leur territoire de résidence ou de séjour.
  4. En cas de désaccord ou pour contester ce qu’ils considèrent comme une atteinte à leur Foi, les musulmans doivent respecter scrupuleusement le cadre fixé par la législation française. En outre, les sources islamiques invitent les musulmans au dialogue, aux bonnes actions et à la préservation de la paix civile.

Le CTMF tient à rappeler que la compréhension et l’application de ces principes absolus constituent un engagement à la fois religieux et civique pour tous les musulmans sur le territoire de la République française. Les membres du CTMF sont engagés au quotidien et sur tous les terrains où ils sont actifs dans la prévention et la lutte contre tout discours et tout acte allant à l’encontre de ces principes.

A travers ce communiqué, le CTMF exprime ses plus sincères condoléances aux familles des victimes et apporte son soutien à l’ensemble de la communauté catholique. Dans ce moment de deuil, le CTMF appelle le peuple français à s’unir autour des valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité qui sont notre bien commun.

Paris, le 30 octobre 2020

Le CTMF

Conseil Théologique Musulman de France BP-14 Avenue de l’Opéra 75001 Paris
Page Facebook : Conseil Théologique Musulman de France
Adresse électronique : contact@conseiltheologique.fr

Démenti concernant la citation mensongère “L’UOIF est une fusée à deux étages”

Je souhaite revenir dans cet article sur une citation mensongère que l’on me prête depuis l’année 2005 et qui a été reprise par certains médias et personnalités publiques, le plus souvent issues de la fachosphère. Le 13 avril 2017, ce mensonge a été colporté par Marine Le Pen elle-même dans un communiqué publié sur son site.

La citation en question affirme :

L’UOIF est une fusée à deux étages. Le premier étage est démocratique, le second mettra en orbite une société islamique.

Je conteste catégoriquement avoir tenu de tels propos. Ceux-ci ne correspondent ni à ma pensée ni d’ailleurs à ma façon de m’exprimer.

Genèse d’un mensonge

Cette citation mensongère est apparue pour la première fois sur internet dans un article de l’Express  “La face cachée de l’UOIF”. Les auteurs de cet article tirent cette citation d’un livre de Fiammetta Venner OPA sur l’islam de France. Les ambitions secrètes de l’UOIF qui reprend elle-même un passage du livre de Mohamed Sifaoui paru en 2002.

Avant d’en venir à la citation elle-même, il est intéressant de se pencher sur ceux qui ont inventé et relayé cette fausse information.

Mohamed Sifaoui est un “journaliste” plusieurs fois épinglé pour avoir répandu de fausses informations et utilisé de faux témoignages, notamment pour la chaîne M6. En 2008, sa légèreté a même conduit la police à démolir un restaurant chinois après que M. Sifaoui leur eut indiqué une fausse piste pour retrouver le corps d’une jeune fille disparue. Plus soucieux du buzz médiatique que du sérieux de ses « investigations », M. Sifaoui semble faire peu de cas des conséquences de son irresponsabilité.

Fiammetta Venner est quant à elle une proche collaboratrice de Caroline Fourest avec qui elle co-signe plusieurs ouvrages et travaille au sein du magazine Pro-choix dont les articles et points de vue extrêmes sont régulièrement récupérés par la fachosphère et les islamophobes. L’essai dans lequel figure la citation qu’elle me prête contient d’ailleurs bien d’autres mensonges et approximations, faisant de son ouvrage un pamphlet somme toute assez vulgaire et mal renseigné. Pour s’en convaincre tout à fait, il suffit de regarder le passage où cette citation apparaît :

Extrait_livre.png

Comme vous pouvez le voir, elle mentionne un certain “Abdallah Djaballah” co-fondateur de l’UOIF. Or, au risque de décevoir Madame Venner et surtout les lecteurs qui lui ont accordé leur confiance, je ne connais personne de ce nom à l’UOIF et je n’ai pas co-fondé l’UOIF.

Ainsi, Madame Venner et Mohamed Sifaoui ajoutent l’incompétence à leurs mensonges. Quant aux journalistes de l’Express, on peut s’interroger sur le sérieux de leur travail quand on voit qu’ils ont délibérément changé le nom mentionné dans le livre sans faire aucune vérification ni me solliciter pour confirmer les propos qui me sont prêtés.

Je ne peux ici me montrer exhaustif sur les manquements de mes diffamateurs et je renvoie les plus curieux à l’ouvrage de Pascal Boniface Les intellectuels faussaires dans lequel M. Sifaoui et Mme Fourest notamment occupent une place de choix.

Au-delà de ma personne et de ma réputation, je suis navré de constater que des personnalités telles que Mohamed Sifaoui et Fiammetta Venner sont régulièrement relayés ou invités à s’exprimer dans les plus grands médias français alors qu’ils ont multiplié les preuves de leur incompétence, ou pire, de leur malhonnêteté.

Ma position sur le fond

Bien que cela soit évident pour quiconque s’est un jour vraiment intéressé à ma pensée ou à celle de l’UOIF, j’aimerais être clair sur le fait que je ne partage absolument pas l’idée véhiculée par cette citation mensongère. Nous n’avons jamais eu à l’UOIF et n’aurons jamais pour projet d’établir une société islamique. Cette accusation est une invention largement utilisée par les courants lepénistes et ses complices dans le but de nourrir le commerce juteux de la peur dans lequel se spécialisent les extrémistes de tous bords.

Depuis plus de trente années, que ce soit par mes écrits, mes cours ou mes interventions, j’ai toujours défendu l’idée que les musulmans de France doivent se comporter en citoyens engagés au service de l’intérêt commun de la société française.

J’ai toujours milité en faveur d’une intégration des musulmans dans la société et combattu les idées de ceux qui prônent l’isolement des musulmans au nom de la protection de leur identité religieuse. Je suis d’ailleurs un acteur engagé dans le dialogue interreligieux et connu par les institutions et les personnalités actives dans ce domaine.

J’ai la conviction profonde que les musulmans de France ont toute latitude à s’épanouir au sein de la République française dont un des fondements, la laïcité, garantit à la fois la diversité et la cohésion sociale.

Mon action pour lutter contre la diffamation

Lors de sa première apparition en 2002, j’avais choisi – faute de moyens et de temps à y consacrer – d’ignorer cette diffamation, confiant dans le fait qu’une telle énormité ne résisterait pas au sérieux du travail journalistique. Force est de constater que, loin d’être démentie ou ignorée, cette diffamation a été colportée par plusieurs médias jusqu’à être instrumentalisée par une candidate qualifiée au second tour de l’élection présidentielle. Face à cette ampleur inattendue, il devenait nécessaire de rétablir la vérité.

Aussi, j’ai adressé des courriers à L’Express ainsi qu’à d’autres médias pour que cette citation soit retirée. Sans réponse de leur part, je me réserve le droit de considérer toutes les options juridiques qui s’offrent à moi, en espérant ne pas avoir à en arriver là et pouvoir compter sur leur respect des principes démocratiques qui incombent à chacun et peut-être encore davantage à la presse.